L'EMPIRE OTTOMAN

  

© Jean-Louis BOURGOUIN

     A l'issue de la guerre de Crimée, au congrès de Paris de mars 1856, les puissances européennes garantissent l'intégrité territoriale de l'Empire Ottoman : zones brun foncé, brun clair (Egypte) et brun orange (Tunisie). En contrepartie, les principautés de Moldavie et de Valachie (zone vert clair) acquièrent leur autonomie (voir Roumanie) et la Serbie (zone vert pâle) est placée sous la protection collective des puissances chrétiennes. Quant au Monténégro (zone jaune), il a un statut à part (voir ce pays).
 
     En 1804, Méhémet-Ali se proclame pacha d'Egypte sous la suzeraineté du Sultan. Celui-ci entérine cette prise de pouvoir par un firman de 1805. Grâce à son habileté, le pacha bénéficie rapidement d'une large autonomie, et le pachalik devient héréditaire. Il conquiert le Soudan en 1822, et fonde Khartoum en 1830. Son petit-fils Ismaïl inaugure le canal de Suez en 1869, et troque son titre de pacha contre celui de khédive.
     L'Egypte émit ses propres timbres-poste dès 1866. Les tarifs postaux des bureaux d'Alexandrie, de Suez et du Caire présentent très peu de différences avec ceux de la Turquie d'Asie (voir "Tarifs postaux d'Egypte").
 
     La Tunisie a été conquise par les Turcs en 1574. Elle est gouvernée par des deys nommés par le Sultan jusqu'en 1881, date à laquelle la Tunisie passe sous protectorat français.
     Le bureau de poste français de Tunis fut ouvert en 1848, et celui de La Goulette en 1867.
      A cause de sa proximité avec l'Algérie, la Tunisie n'eut pas les mêmes tarifs postaux que le reste de l'Empire ottoman (voir "Tarifs postaux de Tunisie").

 

Bibliographie

     "Documents philatéliques", la revue de l'Académie de Philatélie, a publié deux articles consacrés aux tarifs postaux des lettres dans les bureaux français établis en Turquie et en Egypte. L'un de Daniel Georgel dans le n°178 couvrant la période 1857-1863, l'autre de Robert Abensur dans le n°179 couvrant la période 1864-1877. 

 

LES BUREAUX DE POSTE FRANCAIS A L'ÉTRANGER

 

     Dès la première moitié du 19ème siècle, le développement du commerce entre l'Orient et l'Occident imposa la création de voies de communication rapides et fiables.
     La désorganisation de l'administration ottomane et la corruption qui y régnait incitèrent les puissances européennes à ouvrir des bureaux de postes dans les ports turcs.
     En 1830, la France ouvre ses premiers bureaux de poste à Alexandrie et Constantinople. A partir de la création de la Compagnie des Messageries Impériales en 1852, l'ouverture de nouveaux bureaux s'accélère, principalement dans les ports ottomans de la Méditerranée, de la mer Noire et sur le Danube.
     Ces bureaux français à l'étranger (BFE) avaient la particularité d'utiliser des timbres-poste français, et les utilisateurs pouvaient envoyer du courrier non seulement en France, mais aussi dans n'importe quel pays du monde, ou presque. Ce qui donna lieu évidemment à des tarifs postaux nombreux et variés.
     Les villes de Turquie où la France entretenait des établissements de poste étaient :
     - En 1857 :
    Alexandrette, Beyrouth, Constantinople, Les Dardanelles, Gallipoli, Inéboli, Jaffa, Kerassunde, Lattaquié, Mersina, Mételin, Rhodes, Salonique, Samsoun, Sinope, Smyrne, Sulina, Trébizonde, Tripoli de Syrie, Tulscha (sauf pendant la saison défavorable à la navigation sur le Danube), Varna, Volo,
     - En mai 1869, le bureau de Sinope fut transféré à Ordou,
     - En février 1872, le bureau de Gallipoli est transféré à Rodosto,
     - Le 20 mars 1872, le bureau de Mételin est supprimé,
     - Le 1er septembre 1874, Enos, Lagos, Dédéagh et Cavalle sont ouverts,
     - En avril 1875, le bureau de Lagos est supprimé,
     - Le 26 juillet 1876, les bureaux de Rodosto, Varna, Ordou et Ineboli sont supprimés,
     - Le 1er avril 1879, les bureaux de Kustendjé, Sulina et Tulscha sont supprimés,
     - Le 1er juillet 1879, ouverture d'un deuxième bureau à Constantinople (Contantinople-Galata),
     - Le 1er septembre 1887, le bureau de Rhodes est supprimé,
     - Le 1er décembre 1888, le bureau de Suez est supprimé,
     - Le 24 juillet 1893, un bureau de distribution rattaché à Smyrne est ouvert à Vathy (Samos),
     - Le 4 mai 1898, un bureau de distribution rattaché à Smyrne est ouvert à Hierapetra (Crète),
     - Le 1er juin 1900, une recette de plein exercice est ouverte à Jérusalem.
     - Le 1er avril 1906, une recette-distribution est ouverte à Caïffa.

     Pour plus de détails sur l'implantation des différents bureaux français dans l'Empire ottoman, voir l'étude détaillée de Robert Désert sur ce sujet.

 

LES BUREAUX DE POSTE AUTRICHIENS EN TURQUIE

 

     Compte tenu de sa "proximité" avec l'Empire Ottoman, l'Autriche installa très tôt des bureaux de poste en Turquie. Ces implantations ont varié dans le temps, avec des ouvertures de nouveaux bureaux et des fermetures.
     - Voici les villes de Turquie directement desservies par les postes autrichiennes ou par les paquebots-poste autrichiens, et où n'existaient pas de bureaux de poste français en 1857 :
   
Burgas, Serez (Roumélie), Routschouk, Sophia (Bulgarie), Antivari, Durazzo, Janina, Prevesa, Valona (Albanie), La Canée (Crète), Larnaca (Chypre), Tscheschmeh (Anatolie), Ténédos (Ile d'Anatolie), Caïfa (Syrie) et Tulscha, pendant la saison défavorable à la navigation sur le Danube.
 
     - Voici les villes de Turquie directement desservies par les postes autrichiennes ou par les paquebots-poste autrichiens, et où n'existaient pas de bureaux de poste français en 1858 :
    Andrinople,
Burgas, Serez, Routschouk, Sophia, Antivari, Durazzo, Janina, Prevesa, Valona, La Canée, Candie, Retimo, Larnaca, Ténédos, Chio, Caïffa, La Cavale.
 
     L'Autriche a ouvert deux nouveaux bureaux en août 1862 : Czernavoda et Kustendjé.
 
     L'Autriche a ouvert un nouveau bureau en août 1864 : Lagos.
 
     L'Autriche a ouvert un nouveau bureau en novembre 1868 : Widdin.
 
     L'Autriche a ouvert un nouveau bureau en avril 1869 : Santi-Quaranta

     - Voici les villes de Turquie directement desservies par les postes autrichiennes ou par les paquebots-poste autrichiens en 1869 :
    Andrinople
, Antivari, Beyrouth, Burgas, Caïffa, Candie, La Canée, la Cavalle, Constantinople, Czernavoda, les Dardanelles, Durazzo, Gallipoli, Jaffa, Janina, Jérusalem, Inéboli, Kustendjé, Lagos, Larnaca, Mételin, Philippopolis, Prevesa, Rhétimo, Rhodes, Routschouk, Salonique, Samsoun, Serez, Smyrne, Sophia, Sulina, Ténédos, Trébizonde, Tschesmé, Tulscha, Valona, Varna, Volo, Widdin.
   
     L'Autriche a ouvert un nouveau bureau en août 1872 : Kérassunde
 
     L'Autriche a ouvert un nouveau bureau en août 1873 : Dede-Agatsch (Dédéagh)

 

LES TARIFS POSTAUX

 

     "Les taxes indiquées dans "Les Tarifs Postaux de l'Empire Ottoman" concernant les correspondances transportées par les paquebots-poste français ou britanniques représentent seulement le prix du service rendu par les moyens français ou britanniques. Il s'ensuit que ces taxes constituent bien le port entier des correspondances originaires ou à destination des villes maritimes de la Turquie et de l'Égypte directement desservies par les moyens précités et où la France possèdent des établissements de poste ; mais qu'elles ne comprennent pas les frais qui peuvent résulter de la transmission, par d'autres moyens, des correspondances qui, pour parvenir à destination, doivent emprunter l'intermédiaire de services qui ne dépendent ni de l'Administration des postes de France, ni de l'Administration des postes britanniques.
     Les correspondances originaires ou à destination des villes où la France possède des établissements de poste sont donc les seules dont le port soit complètement réglé, et qui puissent, au gré des envoyeurs, être expédiées sans affranchissement préalable ou être affranchies jusqu'à destination.
    
Les correspondances originaires ou à destination des autres villes de l'Empire Ottoman et de l'Égypte ne peuvent être transmises par la voie des paquebots-poste français ou britanniques naviguant dans la Méditerranée qu'autant qu'elles sont adressées aux soins d'un correspondant résidant dans l'une des villes de la Turquie et de l'Égypte où la France entretient des bureaux de poste, ou qu'elles ont été affranchies par les envoyeur jusqu'au port où est établi le bureau français dont elles doivent emprunter l'intermédiaire. Dans ce dernier cas, les envoyeurs doivent indiquer eux-mêmes sur l'adresse de celles desdites correspondances qui sont originaires de la France, de l'Algérie et des bureaux français établis dans le Levant, celui de ces bureaux sur lequel ils veulent que les correspondances soient dirigées. Ainsi, une lettre adressée de Paris à Chio doit, pour être transmise par la voie des paquebots-poste français naviguant entre la France et Smyrne et par la voie des paquebots autrichiens naviguant entre Smyrne et Chio, être affranchie jusqu'à Smyrne et portée sur l'adresse les mots : Par Smyrne.
     Quant aux correspondances provenant de l'Empire Ottoman ou de l'Égypte qui seront affranchies jusqu'à l'un des ports desservis par les paquebots-poste français, elles seront frappées de la taxe applicable aux lettres non affranchies provenant de ce même port. Les correspondances de la même origine pour la même destination pourront toutefois être affranchies jusqu'à destination au moyen de timbres-poste français" (Extraits de la circulaire n°34 du Bulletin Mensuel de décembre 1856).
     Dans ce dernier cas, si l'affranchissement local est également effectué en timbres-poste, les lettres comportent un double affranchissement, Turquie-France ou Égypte-France, tant recherché par les collectionneurs.

     Cette situation disparaît le 1er janvier 1876, avec la  participation de la Turquie et de l'Égypte à l'Union Générale des Postes.


 

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